Aujourd'hui, nous allons passer le point le plus haut de notre voyage.
Après les péripéties de la journée d'hier, nous allons avoir une surprise au lever. Nous apprenons, au matin, que l’hôtel ne fait pas de petit déjeuner alors qu'il avait été dit qu'il était possible de le prendre à partir de 7h30. L'heure était exacte mais le lieu, non, car il faut aller en ville. Mais, en ville, cela se passe dans la rue: il y a de petits stands qui vous proposent de quoi vous restaurer. Nous voilà donc autour d'un stand avec une boisson chaude quinoa-pomme, un sandwich œuf et un sandwich fromage. Tout cela aurait été bien s'il ne faisait pas 2 à 4°C, mais, bien emmitouflés et avec la faim, cela s'est très bien passé.
Le froid du matin disparaît vers les 11h00 avec la dislocation du voile nuageux. Un bon soleil et une légère brise thermique arrière nous permettent de grimper jusqu'au sommet (pas de nom de col) à 4335m sans trop de difficultés. Un nombre incroyable de vendeurs y est installé et nous faisons quelques emplettes. Alors que, pour la montée, nous avons eu un temps magnifique, pour la descente nous avons une menace d'orage, éclairs et tonnerre et quelques gouttes nous accompagnent jusqu’à notre hôtel.
Il est tombé des cordes toute la nuit. Il ne pleut plus maintenant; le soleil a même fait une timide apparition. Mais les rues, en terre et en ornières, sont inondées ou remplies de flaques boueuses. C'est Yann qui est content: hier soir, il a lavé son vélo dans un lavage automatique, l'a fait astiqué, l'a fait lustré. Il a d'ailleurs payé, pour son mini-vélo, le prix pour une moto. Mais ça valait le coup, jamais son engin n'avait été si beau! Hélas, l'imparfait s'impose car, au bout de quelques dizaines de mètres, alors que nous slalomons entre les trous et les flaques, sa beauté et sa propreté ne sont déjà plus qu'un lointain souvenir.
Soudain, Patrick pousse un cri: "Guy, ma roue se bloque !" La journée commence bien! La réparation prend bien un certain temps et, lorsque nous repartons, les autres sont déjà loin devant. En sortant de la ville, traversant une banlieue tout aussi pourrie et mouillée, nous nous apercevons que Yann n'est plus dans nos roues mais bien deux cents mètres derrière, arrêté à côté de son vélo. Eh oui, il a encore crevé! Nouvel arrêt, nouvelle réparation et nouveau départ, en espérant que, cette fois, ce sera le bon. Nous roulons alors plein pot pendant 25 km et il est déjà midi (il est vrai que nous sommes partis tard et que nous avons été un peu... retardés) Le point d'arrêt pour le repas étant prévu au 65ième km, nous commençons à craindre pour notre ravitaillement et, renseignement pris auprès d'un autochtone, nous nous mettons à la recherche d'un restaurant. Mais Guy aperçoit un fourgon, garé dans un coin. N'écoutant que son estomac, il va demander au chauffeur si, des fois, il voudrait bien, par bonté d'âme, secourir trois malheureux naufragés vélocipédiques en les transportant 40 km plus loin, moyennant finances, évidemment. Le Péruvien se fait un peu tirer l'oreille mais cède finalement à ses supplications. Nous voici donc tous les trois dans le fourgon et nous avons le plaisir de doubler nos compagnons, tout étonnés, et jaloux aussi peut-être, de nous voir ainsi transportés. Le reste de l'étape se passe à peu près bien; je dis "à peu près" car le manque d'oxygène provoque des baisses de tonus, heureusement épisodiques, et des essoufflements plutôt désagréables. Mais, alors que nous ne sommes plus qu'à 5 km de la fin de l'étape, un policier nous arrête et nous annonce que notre fourgon d'intendance a eu un incident, loin derrière, et que nous devons retourner le rejoindre. Faire demi-tour? C'est une plaisanterie! Nous sommes sur le point d'arriver à l'hôtel retenu par Christian, il est hors de question de rebrousser chemin. La discussion dure au moins une demi heure et le policier finit par s'incliner lorsqu'il apprend que nous ne sommes pas tous seuls car il y a un cyclo qui doit déjà être à l'hôtel, vu qu'il était devant nous et qu'il y en a encore douze qui roulent derrière nous. Pour ne pas perdre la face, il épluche consciencieusement nos passeports et nous laisse enfin partir.
Et nous voici enfin à l'hébergement, heureux d'être arrivés mais un peu inquiets tout de même: nous ne connaissons pas la gravité de l'incident, nous ne savons pas comment va notre chauffeur et nos bagages sont tous dans le fourgon. Nous n'avons donc rien ni pour nous laver, ni pour nous changer et nous ignorons quand nous pourrons le faire. (Ce n'est pas catastrophique mais c'est très désagréable.Tout cyclo sait bien que la douche à l'arrivée est un moment sacré.)
20h la nouvelle tombe; le camion s'est renversé il a été relevé par une grue et le chauffeur, heureusement indemne, est entendu par la police.
21h00 Christian arrive avec les bagages acheminés dans un autre camion mais il manque nos deux ordinateurs et quelques affaires. On devra retourner les chercher demain (Grrrr)
22h00 Il n'y a pas d'eau chaude dans notre douche, parole d'un marin breton (Yann)
22h05 Au lit vite fait, sous les couvertures, pour se réchauffer de la douche car la température de la chambre flirte avec les 10 degrés.
Demain sera un autre jour...
Vue la faible distance du jour, le départ est prévu pour 10h, heureusement, car la matinée se révèle pluvieuse.
Ce matin, notre rue a été très animée, tout d'abord le défilé de toutes les classes d'une école avec sa fanfare en tête et, en fin de cortège, la fanfare de la police. Une heure plus tard, manifestation des mineurs indépendants et des agriculteurs mais, là, entre deux cordons de policiers. Un policier pour 3 à 4 manifestants.
Après le repas, nous avons eu un digestif... indigeste: une rue entre 15 et 20% pour rejoindre la route. de Juliaca.(ils préfèrent nettement la verveine! ndr) Au kilomètre 15, les travaux de passage en 2 fois 2 voies nous proposent une route en attente d'ouverture à la circulation. Rouler sur une piste cyclable de presque 10m de large, pendant 15km et sans voiture, est un régal. Arrivée en ville classique au milieu des mini bus, des tchouk tchouk et des camions sur une chaussée agrémentée de nids de poule pour ne pas dire de nids d'autruche.
Puno, ville de 200 000 habitants, est le premier port du lac Titicaca. Selon la légende, Puno est le berceau de la civilisation inca : le premier Inca, Manco Capac, serait sorti des eaux du Titicaca sur les ordres du Dieu-Soleil pour fonder l'Empire inca.
Le programme du matin est de visiter les îles flottantes. Celles ci sont construites à partir d'une espèce de roseau "Totora" (Scirpus totora). Les plantessont découpées avec leurs racines et la terre adjacente sur une profondeur de 2 mètres au bord du lac. Les différents blocs sont assemblés par des cordes et arrimés vers le milieu de la baie par des piquets en eucalyptus. Cette plateforme est recouverte par des couches croisées de totoras sur une épaisseur d' un mètre et renouvelées régulièrement. Seuls, les anciens sont censés vivre sur place en permanence dans cette ambiance humide propice aux rhumatismes. La visite, très touristique, nous présente le mode de vie de ces iliens très particuliers.
L’après midi est consacré à résorber la bosse de ma roue avant et au magasinage (lèche-vitrine ou shopping en canadien). Finalement, l'expertise de Guy conduit à changer la roue (risque important de déchirure du flanc de la jante). Les marchands de vélos sont regroupés dans une rue et les échoppes de 3m sur 7 contiennent principalement des vélos pour enfants. Nous trouvons finalement la roue. Pendant ce temps, JJ s'est fait mordre sérieusement par un chien. En tant que médecin (gynécologue...), il refuse la pose de points de suture et préfère mettre des strips pour rapprocher les plaies. La soirée se termine dans une bonne ambiance auprès d'un cappuccino.
L'embarcadère
Totoras
L'école
Transport fluvial
La grêle de la nuit
Réchaud, en principe sur une pierre pour éviter les incendies